Les Naufragés de L’Oubli. Interview de Didier San Martin

  • Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

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La grande Histoire de Nantes et du Sud Bretagne est fascinante et pourtant souvent méconnue : la conquête Romaine, les invasions Vikings, la Révolution Française… Il est clair qu’ouvrir un livre d’Histoire est moins attrayant que de se plonger avec délectation dans un polar. Alors j’ai voulu mélanger les genres, créer une intrigue qui, de rebondissement en rebondissement, nous entraîne dans ce tourbillon du temps, nous fasse revivre, dans l’intimité de personnages actuels, les grands moments de Nantes et de la Bretagne.

Les témoignages du temps me fascinent. Quand je me promène et remarque un édifice médiéval, une construction antique, je pose les mains, ferme les yeux, j’attends que les pierres me transmettent ce qu’elles ont vu, que je ressente l’émotion de l’esclave, de l’homme qui les ont construits. Cela ne marche jamais, c’est très frustrant ! Cela a contribué à créer Les Naufragés de l’Oubli. Là au moins, mes personnages basculent dans d’autres époques et avec eux, nous sommes propulsés dans le grand rétroviseur du temps.

  • Dans Les Naufragés de l’oubli, il n’est pas seulement question de l’oubli de l’Histoire.

 En effet, l’oubli est omniprésent. Ce sont des suspects qui, pour le commissaire Russel, oublient trop facilement de témoigner. Un traumatisme refoulé, dans la vie d’une gamine, qui prend des proportions insoupçonnées. Ou encore ce personnage clé, rescapé d’un massacre, vêtu de vêtements gaulois, qui ne peut expliquer sa présence pour cause d’amnésie profonde…

  • Quelques mots sur l’intrigue ?

Le récit commence par une vision de Kate Bénalia. Cette Nantaise franco-kabyle, faussement rebelle avec ses cheveux rouges, sportive de haut niveau portée par la puissance noire de ses traumatismes refoulés, se retrouve devant une colonne d’esclaves Gaulois encadrés par des Romains. Elle est arrêtée, jetée au milieu d’une arène et, quand un glaive s’abat sur sa nuque, elle se réveille dans sa chambre du XXIe siècle. Simple cauchemar ? Mais alors, pourquoi trouve-t-elle, en sortant de sa douche, cette tenue gallo-romaine ? Pourquoi, au même moment, le commissaire Russel découvre-t-il à Rezé, près de Nantes, sur le site antique de Ratiatum, une quinzaine de cadavres revêtus de vêtements gaulois ? Réalité, manipulation, serial killer, hallucination, schizophrénie ? Pour le commissaire Russel, débute une enquête peu commune. Pour Kate, le véritable cauchemar commence.

  • On sent une certaine fantaisie, vous laissez une grande part à l’imagination dans votre écriture, c’est une marque de fabrique ?

En ce qui concerne l’Histoire de Nantes, de la Bretagne, j’ai essayé d’être au plus près de ce qui s’est réellement passé. Pour l’intrigue, les rebondissements, les dialogues, là, c’est vrai, je me lâche ! Marque de fabrique ? Penser oui serait présomptueux. Ce qui est sûr, c’est que mes romans ne sont pas facilement classables. Il y a toujours des espions mais ce ne sont pas des romans d’espionnages. Il y a parfois un commissaire mais cela n’en fait pas pour autant un polar… Quant au surréalisme, il n’est jamais bien loin sans que l’on puisse étiqueter mes livres de science-fiction. S’il y avait une certaine « marque de fabrique », ce serait, je pense, un rythme soutenu, de nombreux rebondissements, un mélange d’émotion et d’humour, des aventures très étonnantes qui ont lieu dans un cadre pourtant familier (tous mes romans passent par la Loire-Atlantique), le tout porté par des personnages assez complexes ballotés dans une vie sentimentale qui ne l’est pas moins.

Naufrages de l oubli V

  • Pensez-vous que vos récits sont porteurs de messages ?

 J’espère. Dans Best Seller (ce n’est que le titre !), l’idée est que l’on peut contrarier le destin. Même si la vie, notre naissance, semblent nous mettre sur des rails, nous pouvons réussir, si on y met les moyens, à nous en échapper, à devenir autre chose que ce à quoi notre condition initiale semblait nous prédestiner. Dans Les Naufragés du Vert, il était question de respect de la Nature que je décris pourtant, contrairement à certains courants actuels, comme une force plutôt cruelle. Dans Les Naufragés de l’oubli, je lance un appel à la tolérance. L’Histoire de la Bretagne et du monde en général, est une succession de guerres, de prises de pouvoir. On a trop tendance à croire que l’on a raison, que l’autre a forcément tort. Que notre Dieu est le bon, celui de l’autre le mauvais ou, au mieux, qu’il n’existe pas. Quand chaque camp pense cela, cela débouche assez vite sur des conflits. Il existe d’autres manières de penser.

  • Des projets ?

Je travaille sur un troisième Naufragés. Cela fait deux ans que je triture dans tous les sens mes neurones afin de trouver un plan qui me convienne. En vain. Cela m’inquiète à peine, j’ai mis vingt ans à écrire Les Naufragés du Vert et une dizaine pour Les Naufragés de l’oubli, alors…

Avec le dessinateur nantais Philippe Béranger, nous travaillons sur deux bandes dessinées de 46 planches très sympas. J’espère que la première sortira fin 2014 ou début 2015.

Enfin, avec la toute nouvelle association Les Romanciers Nantais, qui regroupe aujourd’hui 27 auteurs de Loire-Atlantique, et que j’ai l’honneur de présider, nous éditons deux recueils de nouvelles par an. Le premier « Douze pour Un », est sorti en janvier 2013. Le second sortira en mai, le troisième en novembre. Tout cela, en plus de mon passionnant métier de reporter, de ma charmante femme, de mes enfants toniques et de mes amis qui ne le sont pas moins, cela occupe un peu…

Plus sur :

http://www.coop-breizh.fr/livres-3/livres-3/romans-policiers-bretons-278/les-naufrag-oubli-4918/zoom-fr.htm