Interview d’auteur : Stéphane Heurteau

Tout juste revenu de Saint-Malo, Stéphane Heurteau, auteur entre autres de Sant-Fieg et scénariste de Fanch Karadec, répond à nos questions.

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Bonjour Stéphane. Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Stéphane Heurteau, je suis né à Nantes en 1967. J’y suis resté pendant une trentaine d’années, avant de venir m’installer à Vannes, ou je réside désormais. J’ai commencé à dessiner très tôt, vers l’age de 6 ans, avec l’objectif de raconter des histoires. Du coup, la BD s’est imposée comme une évidence. C’est ce qui me paraissait le plus adapté à ce que je souhaitais réaliser. À 15 ans, je me suis retrouvé en studio graphique dans une imprimerie. J’y suis resté plus de cinq ans, avant de faire douze ans en agence de pub. En parallèle, je commençais à publier dans des magazines et je démarchais les éditeurs. En 2000, je me suis fait licencier de la pub, du coup, je n’ai pas repris d’activités graphistes en entreprise, mais me suis lancé free-lance dans l’illustration. Les premiers ouvrages (illustrations ou BD) sont arrivés rapidement, dans l’année. Depuis, je n’ai plus jamais travaillé en entreprise.stephane-heurteau-couv-sant-fieg-2

Quelle est la première BD que tu as lue ?

Le journal de Mickey.

Quelle est la première BD ou illustration à laquelle tu as participé ?

Une BD dans un fanzine au collège. Un truc sur le FC Nantes, à l’époque où ils savaient taper dans un ballon !

As-tu un mentor, un auteur/illustrateur qui t’inspire particulièrement ?

Loisel, Pratt, Tardi, Chabouté, Lauffray, Hergé, Monge, Bernie Wrhigtson, Greg Capullo, Angel Medina, Yslaire, Léone, Eastwood, Tim Burton, les frères Coen, Terry Gilliam, François Roca, Rebecca Dautremer, Wendling, Dead Can Dance, Manset, Bashung, Massive Attack, Metallica, Led Zep, Miles Davis, Piaf … etc etc

Quel est ton héros/héroïne de BD ou d’illustration préféré ?

Corto Maltese, Tintin…

A quel moment de la journée travailles-tu le mieux ?stephane-heurteau-couv-sant-fieg-1

Le matin, et à partir de 16h00… ce sont les moments ou je me sens le mieux, les moments ou mon cerveau décroche et que je pars dans les lieux dont je parle (du moins, je pars mentalement et spirituellement, car, physiquement, je ne bouge pas de mon atelier).

Ecoutes-tu de la musique lorsque tu travailles ?

Là, au moment où j’écris, je rentre de Quai des bulles, Lou Reed vient de mourir et j’écoute l’album Berlin. A l’instant passe Sad Song… Putain, à 17 ans lorsque j’ai découvert cet album, ça a été un méga choc, un truc que jusqu’alors, je ne connaissais pas ! Sinon, j’écoute énormément de rock, un peu de métal, du hard, un peu de jazz, de l’électro, du trip hop, du classique et globalement, de Nougaro à Metallica… ce qui laisse de la marge.

Que détestes-tu dessiner par-dessus tout ?

Rien… ce serait plutôt un genre que je n’aimerais éventuellement pas… comme par exemple le dessin réaliste mal fait ! Ça me colle des boutons ! Tout le monde n’est pas capable de dessiner comme Delaby ! Mais pour être plus précis, comme beaucoup de dessineux, j’ai du mal avec les femmes. Même une femme laide, ça doit être séduisant ! Et ça, ce n’est pas facile. Un mec, tu lui ajoutes 2 ou 3 rides, et il a une gueule, il devient buriné. Pour une femme, ça ne marche pas. Tu ne peux pas tricher ! J’ai aussi du mal avec les chevaux et les enfants, un peu pour les mêmes raisons.

Qu’est-ce que tu apprécies dans les festivals auxquels tu es invité ?

Les rencontres… et les soirées ! En fait, surtout les soirées !

Ton actualité ?

stephane-heurteau-couv-polartAlors, pour être précis, l’actualité est assez chargée, dans l’ordre, vient de sortir le dyptique Sant-Fieg, paru aux éditions Coop-Breizh. L’album vient de recevoir le prix polar à Cognac et sera bientôt accompagné d’un coffret. Pour le salon du polar de Cognac, je viens de réaliser un album intitulé Polart. Et le tome 3 de Fanch Karadec : La disparue de Kerlouan vient de sortir. À cela, il convient d’ajouter quelques illustrations, pour des affiches ou des couvertures d’ouvrages, ainsi qu’un carnet de rando, avec la mairie de Theix. Concernant les projets, je viens de faire un essai chez Coop Breizh, pour un ouvrage d’illustrations sur le monde des lutins et je travaille actuellement sur un projet de polar en bandes dessinées… un truc très violent, un peu dans l’esprit de Fanch Karadec, mais en nettement moins léger.

Si tu étais un sport ?

La marche à pied !

Si tu étais un aliment, un plat ?

Les crêpes ! http://nantesbd.com/2013/10/30/interview-dauteur-stephane-heurteau

Conférence Marie-Noëlle Postic le samedi 2 novembre 2013 à 17h30

Marie-Noëlle Postic donnera une conférence sur son livre Des juifs en Finistère pendant l’Occupation, au café-librairie L’Autre rive à Berrien, le samedi 2 novembre à 17 h 30.

Marie Noelle Postic est curieuse… Très curieuse même! Et sa curiosité l’a portée sur les traces perdues d’une famille juive qui a vécu pas loin de chez nous, de Braspart à Plounéour Ménez…et qui a disparu un beau jour de 1942 arrêtée par notre gendarmerie nationale, en application de la loi nationale au nom du peuple français, pour être déportée et disparaître à tout jamais…

Ces traces, elle les a remontées pas à pas.. elle a fouillé les archives et recousu les lambeaux de postic 1.jpgmémoires revenus à la surface du temps pour en faire un livre qui a permis de redonner vie à cette famille juive disparue…ces anciens voisins.. ce médecin dévoué… cette famille Perper qu’elle a sortie de la nuit et du brouillard dans laquelle elle s’était enfoncée à tout jamais.. Elle leur a rendu un visage aussi.. la couverture de ce premier livre suffit à elle seule pour dire toute la saloperie de cette page de notre histoire récente…

Elle aurait pu s’arrêter là Marie Noëlle Postic… mais voilà!!! C’est mal la connaitre que de penser que ça lui suffirait. Le travail entrepris a ouvert d’autres pistes… Elle a retrouvé d’autres traces et reçus d’autre témoignages d’histoires similaires. D’anonymes disparus aussi, toujours en application de la loi, bien sûr… des victimes et des bourreaux. Des justes et des salauds. Des histoires bien enfouies au plus profond de notre inconscient collectif.. de ces histoires qu’on s’empresse d’oublier.. Elle a retrouvé des visages et des vies.. Des David Selinger, Ella Fried, Eugénie Krouto ou Léon Selzer… et bien d’autres…ils pourraient être nos voisins…Ils le seront peut être un jour, hélas, car l’histoire semble avoir la très mauvaise habitude de nous resservir ses plats..

De ces autres trajectoires, Marie Noelle a fait un second livre qui vient de sortir chez Coop Breizh,  » postic 2.jpgDes juifs du Finistère sous l’occupation (deux ou trois choses que l’on sait d’eux) ». Un livre remarquable que le libraire et le citoyen que je suis vous conseille. Un livre édifiant à l’heure où l’air du temps recommence à sentir la haine et le rejet de l’autre… Un livre de veilleur…

Elle viendra donc nous parler de ces vies effacées et de son travail de chasseuse de mémoire lors de cette conférence du samedi 2 novembre 2013 à partir de 17h30

C’est ouvert à tout le monde bien sûr, prévoir deux heures de votre temps…

Merci de nous dire si vous comptez venir pour des questions d’organisation de l’espace…

Conférence sur l’interceltisme à Ti ar Vro Quimper le 7 novembre

Ti ar Vro Quimper propose une conférence sur l’histoire de l’Interceltisme en Bretagne paru aux éditions Coop Breizh. Animée par l’auteur, elle aura lieu le 7 novembre à 18 h 30.

Interceltisme

 

Né à la charnière des xviiie et xixe siècles, l’interceltisme a revêtu différentes formes et à profondément marqué la vie intellectuelle et culturelle de la Bretagne contemporaine. Tiré d’un travail universitaire, cet ouvrage retrace l’histoire de ce courant de pensée à la fois populaire et méconnu. Il revient sur les débuts d’un mouvement très marqué par le romantisme et les références à un passé celtique antique parfois exalté. Ce livre évoque également le développement d’un interceltisme politique dans un mouvement breton en recherche d’exemples extérieurs et l’incroyable succès de l’interceltisme culturel dont le festival de Lorient demeure l’incarnation.

Loin d’être synonyme d’un retour nostalgique vers le passé, l’interceltisme constitue pour les Bretons une formidable opportunité d’ouverture à l’international et un laboratoire d’idées particulièrement fertile. Son histoire éclaire sous un nouveau jour l’évolution de la Bretagne d’aujourd’hui.

 

 

Membre du CRBC Rennes, Erwan Chartier-Le Floch a soutenu une thèse sur l’interceltisme en 2010. Éditeur et journaliste, il a réalisé de nombreux reportages dans les pays celtiques.

Quelques questions … à Sharif Gémie

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L’auteur de Bretagne (1750-1950), la Nation invisible sera présent au salon du livre de Carhaix, les 26 et 27 octobre. Il répond ici à quelques unes de nos questions.

1- Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis enseignant à l’université de Galles du Sud (South Wales, auparavant université de Glamorgan) depuis 1993 : maître de conférences en 2001, et professeur (dans le sens britannique du terme) en 2010. J’ai étudié surtout les peuples marginalisés. Mon premier livre concerne les institutrices françaises pendant le XIXe siècle, mon deuxième livre est un manuel d’introduction à l’histoire des révolutions françaises de 1815 à 1914, qui inclut un chapitre sur la révolution de la Vendée de 1832. Pour faire ces recherches, je suis passé par Nantes. J’ai aussi étudié des réfugiés, des anarchistes, la région de Galice, et les musulmans en Europe : je cherche toujours à comprendre comment les minorités réagissent dans une situation de subordination.

2. Comment en êtes-vous venu à étudier la Bretagne ?

Après ces deux premiers livres, j’étais assez mécontent avec le concept d’histoire française, qui implique un niveau de généralisation trop grand. En plus, je venais de déménager de Londres au Pays de Galles, et je me suis retrouvé confronté à une gamme de questions et thèmes concernant les identités. Des questions nouvelles pour moi, un Londonien. Finalement, je voulais appliquer les leçons d’histoire au présent que je vivais et j’ai cherché un thème où l’histoire est vivement ressentie dans la vie quotidienne. J’ai visité Nantes en 1995 pour mon livre sur les révolutions, et il y avait quelque chose là-bas qui m’a intrigué. Donc je me suis décidé à y revenir.

La Bretagne m’avait fasciné. Toutes les leçons de l’histoire du XIXe siècle sont là : les hussards noirs de Ferry, les conflits entre l’Église et l’État, et cette lente entrée dans la modernité. En plus, la présence d’un débat sur l’identité qui n’est pas organisé par un mouvement nationaliste m’intriguait. J’ai noté comment ce mythe de « nos ancêtres les gaulois » créait une tension remarquable entre les cultures de Paris et de Bretagne.

3. Pourquoi ce titre, la nation invisible ?

La nation invisible est un terme-compromis : une façon de dire qu’il y avait des collectivités sociales, des expériences historiques et un réseau de cultures qu’on pourrait identifier comme ‘breton’, mais sans les structures administratifs et politique d’une État-nation, ni un mouvement nationaliste de masse.

4. Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans votre étude ?

Des difficultés ? Juste les défis normaux, comme souvent trop de renseignements. Le problème-clé est de savoir comment entendre les voix des personnes subordonnés ; comment organiser cette vaste champ d’histoire dans une manière cohérente…

Évidemment être étranger implique une distance à la fois géographique et culturelle. Mais souvent les historiens sont les étrangers DE leurs sujets : on peut écrire l’histoire du Rome antique sans être un Romain de l’antiquité. Bien sûr, les chercheurs locaux sont plus proches des sujets et des renseignements : c’est leur avantage. Mais les chercheurs étrangers ont leur propre atout : celui d’un regard nouveau. On peut noter combien la normalité d’une situation est étrange.

5.Pourquoi avoir choisi ces dates : 1750 et 1950 pour borner votre étude ?

Les dates 1750 à 1950 sont encore une fois des compromis. Dans un sens technique, 1750, c’est la date des premiers considérations sur les implications politiques de la redécouverte des cultures celtiques, et 1950 c’est le fin d’une interprétation du celtisme, après le effondrement d’une forme de nationalisme breton après la Seconde Guerre mondiale et la création du CELIB en 1951. Dans un sens plus large, ces deux cent années marquent la transition de l’ancien régime à la modernité. Et, enfin, dans un sens pragmatique, l’espace de deux siècles permet la construction et le développement d’idées assez larges.

Sharif Gemie, 18 oct. 13

Un livre jeunesse en breton chez Coop Breizh

Le nouvel album jeunesse de Coop Breizh, le premier tome des aventures de Malo (Yves Colin et El Globos) vient de sortir simultanément en breton et en français. La traduction a été réalisée par Drian Bernier. Une expérience appelée à se renouveler

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Dans la forêt de Bel-Orme un petit bonhomme nommé Malo vit dans un arbre. Sa passion, c’est la musique. Son rêve est de devenir un jour chef d’orchestre. Malo écrit des musiques à longueur de journée. Il a la tête pleine de mélodies et de rythmes. La nuit, même ses songes résonnent de mille notes. Il s’imagine diriger de grands orchestres avec ses musiciens préférés, comme les ZZ taupes… Yan, son ami castor, veut tout faire pour l’aider à concrétiser son rêve. Ainsi ils vont rencontrer tour à tour la coccinelle-accordéon, le pic-vert-percussionniste et le moineau-flûte, l’araignée-harpe, le poisson-piano et le canard-tuba… Un rêve finalement à portée de main ?

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Les auteurs
Yves Colin a travaillé durant 10 ans au service de presse des Vieilles Charrues. Il se consacre aujourd’hui à la musique, avec son groupe “Colin”, ainsi qu’à l’écriture, dont plusieurs parutions aux éditions Coop Breizh : Les Vieilles Charrues (2011), France Bleu Breizh Izel, 20 ans (2012). Il se lance dans l’édition jeunesse avec ce premier album, illustré par son ami dessinateur El Globos. Ce dernier est notamment le créateur de la fameuse bigoudène “À l’aise Breizh” et illustrateur officiel des Vieilles Charrues

 

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