Entretien avec Bernard Rio à propos du Cul bénit

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– Après votre ouvrage sur Les Bretons et la Mort, Voyage dans l’au-delà publié en septembre aux éditions Ouest-France, voici que vient de paraître en  Le cul bénit, amour sacré et passions profanes aux éditions Coop Breizh. N’est-ce pas paradoxal d’écrire sur des thèmes aussi différents ?
J’ai écrit plus de 40 ouvrages qui traitent du patrimoine et de l’environnement avec toujours en filigrane la question de la nature humaine et des relations que l’homme entretient avec la nature. Ces deux derniers livres ponctuent de longues années de recherches et d’études. Ils s’inscrivent dans une même démarche intellectuelle que je pourrai résumer comme une double tentative de réconcilier d’une part les trois plans de l’homme : le corps, l’esprit et l’âme ; et d’autre part d’appréhender les rapports entre l’individu, le couple et la communauté. Dans cet ouvrage, j’analyse les diffférents thèmes érotiques représentés sur les monuments religieux, que ce soit les seins sculptés sur les allées couvertes du néolithique ou les phallus dans les chapelles en Bretagne.

– Ce livre représente combien d’années de travail ?
Autant que je me souvienne, j’ai dû photographier une première scène au milieu des années « quatre-vingt » dans une chapelle du Morbihan, mais c’est à partir de 2005 que je me suis vraiment interrogé sur le sens de ces motifs récurrents dans l’art sacré.
Dans un premier temps, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre. Je n’en avais d’ailleurs pas la matière. Mon but était personnel, je cherchais simplement une ou des réponses aux questions que je me posais sur la présence de ces sculptures et fresques bien peu conformes à l’orthodoxie catholique.
L’accumulation des images dans les chapelles était telle que ce ne pouvait pas être un motif anecdotique. L’idée la plus communément énoncée pour expliquer ces scènes érotiques, à savoir la dénonciation de la luxure pour édifier les fidèles ne me convenait pas davantage qu’une hypothétique volonté licencieuse du sculpteur. Ainsi l’homme au phallus (page 131) est-il visible de tous dans l’église Saint-Jean de Le Croisty (56) tandis que ce n’est pas le cas de la femme qui dévoile son sexe dans l’église Saint-Gilles à Malestroit (56), laquelle est sculptée sur une sablière de la travée nord… Pour édifier, il faut montrer or certaines scènes sont cachées ou placées hors du regard du visiteur. A contrario, pour prendre le contrepied de la morale puritaine tout en évitant la censure, l’artiste doit dissimuler son oeuvre or certaines scènes érotiques sont visibles de tous !

sein ND - gouézec - copie

– Le cul bénit, le titre de votre livre résonne comme une provocation !
Je dirai que ce titre fonctionne d’abord comme une interrogation pour suggérer ensuite une réconciliation entre la chair et l’esprit. Beaucoup de personnes confondent la religion et l’église, la morale et le puritanisme. Or le sanctuaire a été conçu par les batisseurs comme un lieu de rencontre entre la terre et le ciel, un lieu d’harmonie pour que l’homme intègre un plan divin.
Il n’y a pas à mon avis à séparer le profane et le sacré. Il convient au contraire de requalifier le plaisir de la chair pour célébrer Dieu sur le modèle des temples hindous par exemple. L’amour charnel peut aussi s’avérer spirituel !

– Peut-on vraiment parler d’une continuité religieuse depuis le néolithique ?
L’originalité de la Bretagne est de posséder une amplitude historique et une multitude de sources depuis la préhistoire.
Sur une longue durée, il apparaît que l’homme cherche avec constance les moyens de s’unir à Dieu, que ce soit la Grande Déesse dont les attributs ornent les allées couvertes, les personnages de la sirène ou de la fée, ou encore la sainte Vierge, sainte Anne, sainte Brigitte ou les autres saintes dites à la quenouille. Ce principe féminin est corroboré par son pendant masculin et les représentations ithyphalliques visibles sur les mégalithes, les stèles de l’âge du fer, les chapiteaux romans ou les sabllières de la renaissance.

 

femme nue 2 - bodilis

 
– Le postulat de votre livre est que le sanctuaire chrétien aurait conservé les traces de cultes antiques ?
Oui, je l’explique dans cet ouvrage avec le décryptage de plusieurs sites par exemple à Gouézec (29) ou à Rimou (35). Les bâtisseurs du Moyen Âge et les sculpteurs de la Renaissance ont légué un puzzle de scènes dont on ne peut comprendre le sens si on ne cherche pas à interpréter l’ensemble du décor. Le langage des bâtisseurs n’est ni désinvolte ni inintelligible. Isoler une scène érotique d’un ensemble que ce soit par voyeurisme ou par puritanisme, tel l’homme en érection à la croisée du transept de l’église Saint-Jean de Le Croisty (56) où la femme qui dévoile son sexe dans le porche de la chapelle Notre-Dame du Tertre à Chatelaudren (22),c’est tronquer et trahir un schéma symbolique cohérent.

– Pouvez-vous développer un de ces exemples ?
Prenons le cas de la dame à la quenouille. C’est à la fois une allégorie de la fileuse du temps et une représentation de la féminité.
La dame s’arme littéralement de la quenouille, outil phallique, pour attraper la queue du renard lui ayant volé une saucisse sur une sablière de la chapelle de Krenenan à Ploërdut (56) et de la chapelle de La-Trinité à Cléguerec (56). Le renard ne représente pas seulement le voleur par excellence. Il est aussi celui qui aime les filles. Le renard à deux pattes, « louarn a daou droad » en breton est le coureur de jupons. La dame à la quenouille qui attrape la queue du renard dévorant une saucisse est donc un enchaînement symbolique à plusieurs sens ! C’est en effet lors de la fête des Fous et des carnavals que saucisses et boudins étaient distribués et engloutis par la foule qui entonnait des chants obscènes et mimaient des accouplements lors de danses effrénées.
Cette interprétation licencieuse de la femme à la quenouille tirant la queue du renard mangeant une saucisse vaudrait également pour une autre version de la dame qui attrape la queue du cochon qui tient entre ses dents la cheville d’un tonneau. Dans l’église Saint-Thomas à Landerneau (29), la dame assise par terre les jambes écartées tient sa quenouille de la main droite et la queue du cochon de la main gauche… tandis qu’un homme s’arc-boute derrière elle en lui tirant les tresses de sa chevelure. Les tresses étant une des marques de la prostituée, le commentaire est aisé. La scène est sans équivoque si on veut bien ouvrir les yeux. Car le tonneau en perce c’est évidemment la femme qui perd sa virginité. Le cochon a tiré la cheville de bois pour s’amuser…L’expression : « Fest an ibil sonn », « le festin de la cheville dressée » signifie une partie de jambes en l’air !

Le cul bénit, amour sacré et passions profanes, Bernard Rio, éditions Coop Breizh, 200 pages, 25 euros

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Vu le nombre de sapins qui poussent à tous les coins de rue et même aux « urgences » du CHU de Brest : Noël ne doit pas être trop loin !

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