La harpe, instruments des Celtes de Mariannig Larc’hantec

Journal de bord d’un professeur de harpe celtique

.La-harpe,-instrument-des-CeltesV

Je déclare la harpe « instrument majeur de la poésie ».

En Irlande, la harpe était un symbole, celui d’une rébellion contre l’oppresseur anglais. À un moment de leur histoire récente, les Bretons ont senti le poids terrible du même joug, le joug de ceux qui, tout en déclarant les hommes libres et égaux en droits, leur avaient volé leur langue, leur culture, leur identité. Ils décidèrent eux-aussi, d’habiller leurs revendications identitaires avec les vêtements de la poésie.

 

La harpe passionne, elle intrigue, elle force l’admiration, le respect, même. Elle s’est emparée de moi un beau jour de mars 1963, elle ne m’a plus lâchée. Elle m’a fait découvrir le monde de la musique, celui de la poésie. Elle m’a entraînée de la très respectable institution de l’enseignement de la musique, autrement appelée « le conservatoire », aux univers les plus fantasques des conteurs et des poètes. Elle m’a conduite d’un bout à l’autre de la Bretagne, de la France et même du Monde.

 

J’ai appris la harpe celtique aux scouts, section Bleimor. Il s’agissait paradoxalement des scouts de France, mais scouts bretons tout de même. Notre formation était donc celle de l’éducation populaire. En éducation populaire, ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas. Cet apprentissage a certes ses limites, mais il est plein de fantaisie, il oblige la créativité.

Une jeune collègue me disait récemment « comment faisiez-vous, à la Telenn Bleimor, quand vous cassiez une corde ? » La réponse m’a échappé : « Toi, Morgane, tu téléphones chez Camac, tu as ta corde dans les 48 heures. Nous n’avions pas Camac, ni d’ailleurs le téléphone. Pour nous, c’était le système « D ». J’ai commencé ma vie de musicienne-apprenante, puis de musicienne-enseignante avant la Camac, avant Internet, avant la photocopie, avant que naissent les outils qui sont aujourd’hui notre quotidien. J’ai eu cette immense chance de vivre ces moments où tout était à inventer.

 

Kumaraswami nous enseigne qu’un poète n’est pas un être particulier mais que chaque être humain est un poète particulier. En tant que professeure de harpe celtique, j’ai été amenée à rencontrer de nombreux apprentis harpistes. Forte de l’enseignement du philosophe indien, mon ambition a été de faire que chaque élève qui m’était confié soit un musicien particulier qui s’exprime au moyen de la harpe celtique.

 

La harpe celtique est une aventure à elle toute seule : il lui fallait quelques aventuriers. Nous sommes plusieurs à  pouvoir raconter cette épopée : il y aura autant de récits qu’il y aura de récitants.